FÉERIE COUTURE : UN HOMMAGE AUX PLAISIRS DE LA PARURE

Quand les années 30 habillent Paris de faux-semblants excentriques, Madame Ricci privilégie la féminité, charmante, irrésistible et délicieuse. Celle-ci n’est jamais aussi évidente, estime t-elle, que soulignée par une élégance sans extravagance. Pas d’austérité pour autant, mais de la grâce en toute simplicité : rehaussée d’un détail ornemental ou magnifiée par la richesse d’une étoffe, l’idée directrice prend forme et mouvement dans un travail architectural complexe.

Figure du tout Paris, Nina Ricci vient de faire ses adieux à 30 ans de création lorsque son fils Robert, publicitaire visionnaire, la convainc de créer une maison de Couture à son nom. En 1932, c’est chose faite rue des Capucines. Les plus jolies silhouettes du cinéma français en témoignent bientôt à la ville comme à l’écran, tandis que Nina naît à sa légende : celle de la Dame Blanche, qui, du crêpe de ses robes à ses innombrables sautoirs de perles, accorde tout au blanc pur de ses boucles insolentes et de son teint parfait.

Il faut à Robert Ricci un territoire à sa mesure, et à la Maison Ricci une arme pour conquérir le monde : l’homme d’affaires se fait parfumeur et imagine en 1946 Cœur Joie, un étonnant floral musqué. Avec Capricci, Fille d’Eve, Farouche ou Nina les succès se multiplient tandis que la Maison ne cesse de grandir, symbole mondialement recherché du goût parisien. En 1948 un mythe a pris son envol dans les ailes entrelacées de deux colombes de cristal: L’Air du Temps ne passera pas et signera à jamais la collaboration exclusive entre Lalique et Ricci.

En 1959, Madame Ricci s’efface derrière le jeune talent de Jules-François Crahay. Il offre une nouvelle expression à la féminité Ricci, une sophistication toute en volumes soyeux et géométrie douce. La presse crie au génie tandis que princesses et figures de la Café Society s’affichent dans son tailleur Crocus. La voie est ouverte pour Gérard Pipart, qui sera pendant trente-cinq ans l’aiguille virtuose de Ricci. Perpétuant l’esprit de la grande Nina, il habille de créations à la féminité colorée les jeunes déesses de l’écran et des maisons royales.

Vitrines signées Warhol ou Buren, collaborations avec Sol Lewitt, César ou David Hamilton : trente ans après les premières gouaches de Christian Bérard pour L’Air du Temps, Robert Ricci poursuit dans les années 70 et 80 ses rencontres artistiques audacieuses. « Mon objectif est de parer la réalité des couleurs du rêve », déclarait-il alors.